Une frontière que nous avons perdue
Il fut un temps où la fin du jour portait un nom. On l'appelait la veillée. Quand la nuit tombait et que les travaux s'arrêtaient, on se rassemblait autour d'une lampe ou d'un feu, on parlait à voix basse, on cousait, on racontait des histoires, on laissait simplement la journée se déposer avant d'aller dormir. Ce moment n'avait rien d'extraordinaire, et c'est précisément pour cela qu'il comptait, il offrait à chacun une frontière douce entre l'agitation du jour et le repos de la nuit.
Nos soirées d'aujourd'hui ne ressemblent plus guère à cela. Elles se sont remplies d'écrans et de notifications, étirées par un travail qui ne s'arrête jamais tout à fait, vidées de ces petits gestes lents qui, autrefois, refermaient la journée. Nous finissons nos jours plus souvent affalés et distraits que vraiment posés, et beaucoup le ressentent confusément, sans toujours savoir le nommer.