Slow living

L'éloge discret de la lenteur

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Nous vivons dans un monde qui a fait de la vitesse une vertu et de l’occupation un titre de gloire. Demande à quelqu’un comment il va, et il te répondra le plus souvent qu’il est débordé, en le disant sur un ton où perce, sous la plainte, une discrète pointe de fierté. Être occupé est devenu une façon de prouver qu’on compte, qu’on est demandé, qu’on ne perd pas son temps. Avouer qu’on dispose de temps libre, à l’inverse, met presque mal à l’aise, comme un aveu de paresse.

Le plus troublant, c’est que cette vitesse n’est même plus un choix que nous ferions au cas par cas. Elle est devenue notre allure par défaut, celle que nous gardons même quand rien ne la réclame. Nous mangeons vite alors que personne ne nous attend, nous marchons vite vers une porte qui ne fermera pas, nous faisons défiler un écran sans même chercher quoi que ce soit. La hâte a cessé d’être une réponse à l’urgence pour devenir une habitude du corps.

Ralentir n’est pas renoncer

La lenteur fait peur, comme si elle était synonyme de retard ou de paresse. Pourtant, ralentir ne veut pas dire tout faire au ralenti, ni renoncer à ce qui compte. Cela veut dire cesser de courir là où rien ne presse, et rendre au temps sa texture, sa densité, le poids des choses que l’on traverse au lieu de les avaler. La lenteur n’est pas le contraire de l’efficacité, elle est le contraire de la distraction.

Il y a, dans une journée, des moments qui se prêtent mieux que d’autres à ce réapprentissage, et le soir est sans doute le plus généreux d’entre eux. Quand la lumière baisse et que les obligations s’éteignent une à une, le rythme du dehors ne te tient plus. C’est l’heure où tu peux, sans rien déranger, reprendre une allure qui soit la tienne, et redécouvrir que cinq minutes vécues lentement valent mieux qu’une heure traversée à toute vitesse.

Le soir comme apprentissage

C’est pour cela que le rituel du soir ne demande jamais d’aller vite. Déposer ce qui pèse, puis recueillir ce qui a été bon, sont deux gestes qui ne se laissent pas bâcler. Ils t’obligent, doucement, à t’arrêter le temps de les faire, et c’est précisément là leur valeur. Tu n’apprends pas seulement à mieux finir tes journées, tu réapprends, soir après soir, ce que ralentir veut dire.

La qualité du temps prime sur sa quantité. Une soirée n’a pas besoin d’être longue pour être pleine, elle a besoin d’être habitée. Et peut-être qu’à force de t’offrir, chaque soir, ces quelques minutes lentes, tu finiras par les laisser déborder un peu sur le reste de tes jours.

Et si tu commençais ce soir ?